Bien plus qu’un journal sportif : La Pédale

Durant les années 1920, l’intérêt que les Français portent aux compétitions sportives ne cesse de croître. Conséquence immédiate de cette nouvelle audience, la presse généraliste consacre de plus en plus de pages à cette actualité. Dans le même temps, le nombre de journaux spécialisés explose, tous ayant l’ambition de se faire une place sur un marché encore largement dominé par le quotidien L’Auto. C’est dans ce contexte qu’apparaît, en septembre 1923, l’hebdomadaire La Pédale. Comme son nom l’indique, ce titre s’intéresse exclusivement au cyclisme. Mais, en y regardant de plus près, le journal s’avère être bien plus qu’un énième titre sportif.

En-tête du journal. Gallica / Bibliothèque nationale de France.

Le fondateur du nouvel hebdomadaire, Henry Etienne, est parfaitement lucide sur le fait qu’il s’engouffre dans un marché déjà largement encombré. Avec un brin d’orgueil, il déclare dès le premier numéro :

« Je vois d’ici votre sourire râleur, et j’entends quelques mots qui vont tomber de vos lèvres : Un nouveau journal ! Quels sont ces doux illuminés  qui entreprennent une tâche impossible à remplir ? Ne sait-on point que des feuilles il en est par milliers ? Quelques-unes vivent, d’autres végètent, la plupart agonise lentement mais sûrement. Et puis, une nouvelle feuille, un organe nouveau est-ce nécessaire ? » 1

L’homme n’est pourtant pas inconscient, bien au contraire. Partant du principe que l’usage de la bicyclette ne cesse de se développer en France, il entend toucher un large public composé de sportifs, de bricoleurs et de touristes.

Dès lors, chaque numéro mêle aussi bien les principaux résultats des courses de la semaine précédente que de longs articles sur le développement du matériel. De la même manière, les correspondants locaux prennent le soin de détailler les « belles excursions » que les touristes peuvent effectuer dans les différentes régions françaises. Ces derniers distillent au passage quelques conseils de bonne conduite, notamment à l’égard des restaurateurs qui, à la fin des années 1920, se méfient de plus en plus des cyclistes. Et pour cause, profitant d’une visite ponctuelle, nombreux sont les promeneurs à deux roues qui prennent la poudre d’escampette avant d’avoir réglé l’addition2

L’historien qui s’intéresse plus particulièrement à l’histoire du cyclisme trouvera également de précieux états des lieux dressés, pour chaque département, par des correspondants locaux. Ainsi, si un chroniqueur déplore « l’absence totale de vélodromes dans des villes comme Nantes et Saint-Nazaire », il se félicite de l’intérêt que suscite malgré tout la bicyclette en Loire alors inférieure. Détail croustillant quand on connaît la réputation de son circuit de cyclo-cross un siècle plus tard, ce même correspondant remarque que « les réunions sur les mauvaises pistes en terre de Pontchâteau […] font la joie des amateurs d’émotions fortes » en raison de leur dangerosité3.

Des illustrations viennent égayer le journal. Gallica / Bibliothèque nationale de France.

Confiée à Louis Delplat, journaliste déjà reconnu, la direction de la rédaction n’oublie pas la dimension sportive du cyclisme4. Aux côtés des résultats, de nombreux articles de fond viennent éclairer le déroulement de la saison. C’est d’ailleurs sur une présentation du prometteur coureur breton Paul Le Drogo que La Pédale achève sa courte expérience5. L’hebdomadaire n’aura malheureusement tenu que cinq saisons…

Yves-Marie EVANNO

 

 

 

 

 

1 « Droit au but », La Pédale, 26 septembre 1923, p. 6.

2 Il faut dire qu’à cette époque, les tarifs n’étant pas obligatoirement affichés, de nombreux clients ne découvrent la note qu’au moment de l’addition. « L’hôtelier et le cycliste », La Pédale, 3 août 1927, p. 22.

3 « Le cyclisme en Loire-inférieure », La Pédale, 22 janvier 1924, p. 9.

4 Passé par L’Echo des Sports, le journaliste sera, sous l’Occupation, le directeur du Vel d’Hiv’ « Quand M. Delblat démolit… », Paris Soir, 29 octobre 1942, p. 2.

5 « Paul Le Drogo », La Pédale, 13 décembre 1928, p. 7.